20 janvier 2013

le premier... [version longue]

mon premier contemplant sa petite soeur
âgée de quelques heures
Cette histoire se veut une participation à une activité créative qui se nomme "défi du 20". Le 20 du mois, on publie quelque chose sur un thème qui a été décidé ici. Pour une version plus courte de cette histoire, voir ici.


Quand j'ai eu mon premier, ce fut le début du long voyage vers le rôle de parent.

En fait, lorsque j'ai décidé que ce serait un bon moment d'avoir un enfant, je n'avais aucune idée de ce que je faisais.

Au travail depuis quelques années, mon conjoint qui terminait ses études, j'ai franchement cru que c'était le bon temps. La belle erreur pour ce petit bout d'homme.

Nous étions vraiment fertiles: je suis devenue enceinte rapidement. Le choc. J'ai senti beaucoup d'angoisse. La grossesse fut ok, pour une grossesse. Surtout après le 1er trimestre.

Son père et moi avons vécu séparés par une route de 300 km... que je voyageais presque à toutes les fins de semaine: une folle! Dans notre habitat à nous deux, c'était le désordre de boîtes à vider: décourageant.

Pas de cours prénatals, juste un médecin que j'ai cessé de voir à 8 mois de grossesse, étant déménagée à l'autre bout de l'autoroute. Au total, pendant ces 40 semaines, j'ai connu 5 gynécologues différents, sans compter les internes et les résidents.

Retour à la maison... nous avons été chanceux. Même si je travaillais dans ce domaine, je ne me sentais pas vraiment bonne dans ma job... Je sais maintenant, que j'étais plutôt une mère dangereuse. Oui, maintenant je sais. C'est mon travail de former des nouveaux parents à prendre soins de leur nouveau-né. J'étais une mère inadéquate... sauf pour savoir quand il avait faim et quand il fallait le changer de couche. C'est mieux que rien. Je ne démontrais aucun signe d'attachement. SI je rencontre une telle mère, je la suis au moins 2 fois par semaine pendant des mois. Je la pousse à aller parler à d'autres mères. J'ai pas eu ça, moi.

Comme je travaillais dans le domaine de la santé, les premiers mois, je me suis ramassée avec tous les soins et les obligations qui le concernaient. TOUT! C'était un trop gros morceau pour papa. Ce fut bien bien lourd pour la nouvelle maman.

Avec le recul, j'étais une "maman machine" pour lui. Jusqu'à son premier sourire où j'ai découvert que je pouvais créer des liens avec cette petite chose qui boit, fait dans sa couche et pleure de temps en temps.

Isolée, sans amis, loin de ma mère, deux déménagements dans une même année, seule avec mon bébé 12 à 15 heures par jour... pour converser avec un être adulte, j'allais à l'épicerie ou à la pharmacie acheter une babiole. Une chance que nous n'avions pas de difficultés financières!

Voilà les conditions gagnantes pour une grave dépression post-partum. J'ai eu des symptômes qui aurait pu dégénérer en drame: pas d'émotion envers mon enfant, le vide émotionnel, des symptômes de psychose que j'ai pu contrôler je ne sais pas comment... sauf que je me suis remise  au tricot à ce moment. Cela m'a aidé à me centrer sur autre chose. Mais mon premier aurait pu y laisser sa vie par négligence!

Il a été chanceux malgré tout, mon petit premier, mais il aurait pu être plus chanceux si nous l'avions fabriqué une année plus tard... mais ça n'aurait pas été LUI.

J'ai mis longtemps à me sentir bien lorsqu'il m'appelait "Maman". J'ai mis du temps à sentir que j'aimais "dans mon coeur" mon premier. Plus tard, j'ai mis des années à cesser de me sentir coupable à sa vue. J'ai fini par sentir que je réglais mes problèmes émotionnels, un noeud à la fois, tout en passant par-dessus cette culpabilité: il fallait bien que je lui offre le cadre solide dont il avait besoin pour devenir un bon citoyen!

Avoir d'autres enfants, déménager encore, connaître et partager avec d'autres mères,  "faire semblant" de sourire par moments, tout cela fut pour moi (et mon premier) très thérapeutique.

Il y eut des moment où il me fut impossible de combler les besoins émotionnels de mon premier. Malgré ces difficultés, il est chanceux mon premier. Malgré toute cette anxiété qui lui triture l'intérieur, malgré ses premières années pas très bonnes pour lui, il s'en tire bien et commence à sortir de sa coquille.

J'ai fini par être sa mère, une bonne mère, je pense. Son père a fini par devenir le meilleur père au monde, oui, vraiment! Lui et son premier font la paire maintenant. Il aura 17 ans après demain et, pour le moment, il est en voie de devenir un bon homme. Je souhaite pouvoir dire la même chose dans 5 ans!

Merci mon premier d'avoir fait de moi ce que je suis devenue.
Pardonne-moi, mon premier, de n'avoir pas toujours été la mère que tu étais en droit d'avoir. Merci de t'en tirer aussi bien et... continue!

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